En 1880, sur le territoire de la commune d’Evry, qui comptait alors 833 hectares et moins de 1000 habitants, il était d’usage de distinguer deux seigneuries : Grand-Bourg d’une part et Petit-Bourg de l’autre. Ces appellations provenaient de « Bout-le-Grand » ou « Grand-Bout » et de « Petit-Bout ».
Avant la dernière guerre, la commune arborait fièrement des châteaux, dont celui de Petit-Bourg. Vendue plusieurs fois depuis 1798, la demeure princière fut construite par Madame de Montespan sur le domaine que lui avait offert le Roi Soleil. Elle légua ensuite ce domaine à son fils, le Duc d’Antin. Après le passage de plusieurs propriétaires, le château sera occupé puis incendié par les Allemands en 1944, juste avant la libération de notre ville par l’armée du Général Patton. Le château sera ensuite rasé et un immeuble (12 étages et 14 cages d’escaliers) y sera construit dans les années 50.
A la faveur d’un sol argileux ou sableux, et du fait d’une présence abondante en bords de Seine de la « pierre meulière » (employée en maçonnerie), les carrières d’Evry-Petit-Bourg se développèrent. Une population très pauvre y travaillait et y vivait de façon précaire, dans des cabanes en terre dépourvues d’eau courante. L’activité de ces terrassiers est à l’origine d’une bonne part des villas construites en « meulière » dans la banlieue sud.
Sources de pollution, les carrières durent fermer, alors que débutait la véritable aventure industrielle avec la famille Decauville, qui connut une extraordinaire réussite de 1860 à 1960.
La révolution industrielle du XIXe siècle a bouleversé la vie des Evryens. Amand Decauville, installé comme cultivateur à la ferme de Petit-Bourg depuis 1850, sur près de 700 hectares, produisait des betteraves et du blé en grosses quantités. Face aux problèmes d’évacuation et de transport, il créa une importante distillerie de betteraves, fabriqua le matériel nécessaire et fournit la quasi-totalité des distilleries de l’Ile-de-France ! La première usine d’Évry, un atelier de chaudronnerie, prit le nom « d’Ateliers de Petit-Bourg ».
A la mort d’Amand en 1871, son fils Paul (1846-1922) prit la succession. L’établissement compte 700 employés lorsqu’il est transféré à Corbeil en 1884 et un millier en 1900. C’est Paul Decauville qui fit changer le nom de la gare et de la poste d’Evry-sur-Seine en Evry-Petit-Bourg.
Soucieux de réduire les coûts d’exploitation de l’activité agricole, il construisit en quelques jours des éléments de deux mètres cinquante de long avec des barres de fer et fit fabriquer des chariots pour transporter une récolte fantastique de 9000 tonnes de betteraves. Des centaines de mètres de voies étaient ainsi déplacées deux ou trois fois par jour. Le produit évolua considérablement et, en 1889, le monde découvrit la Tour Eiffel et le chemin de fer portatif. Rapidement, les produits Decauville (équipements de voies, voitures, locomotives, wagons de 1ère à la 3ème classe…) furent adoptés par le monde entier. Decauville mena également une politique sociale novatrice : logements, coopérative, garanties pour les accidents de travail...