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Portraits gourmands

Cuisine familiale du Cambodge

21.12.2011
Textes et Photo : Noëlle Yung

C'est dans la rue Paul Claudel que réside la très discrète famille Tran qui nous emporte, pour notre plus grand plaisir, au Camdodge...

Phnom Penh, le 17 avril 1975. La jeune Lieng Sirk et sa famille doivent quitter leur domicile sur l’heure, à l’instar de tous les habitants de la ville. Juste le temps d’emporter une valise avec des vêtements, du riz et des bijoux, rien de plus… L’exode infernal commence en camion, au pas d’homme, tellement la foule est importante. Direction Sa-ang, une petite ville de province où les khmers rouges ont besoin de main d’œuvre dans les champs. La famille sera logée par la grand-mère paternelle. Les écoles sont fermées, tout le monde est envoyé dans ces camps de travail, les petits avec les petits, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Le mot d’ordre : en dire le moins possible et garder la tête basse car les gardiens armés sont prêts à faire feu. « J’avais 15ans, mon frère 18 et ma sœur 5 », se souvient Lieng Sirk. « Les Khmers rouges ont prétexté que nous devions fuir pour échapper aux bombardements. Ils disaient que nous pourrions revenir plus tard, alors que leur objectif était d’éradiquer le pays de la civilisation urbaine. Mes parents, qui tenaient un commerce, ont tout perdu. »

Des camps successifs

Au bout d’un an, nouveau départ pour Battambang, une ville de banlieue. La famille quitte sa grand-mère pour vivre dans des cabanes en feuilles de palmier. Les familles sont dispersées dans le pays. Lieng Sirk rejoint un camp de jeunes filles sous surveillance. « Nous nous levions avec le chant du coq et nous rentrions au camp lorsque le soleil se couchait » se souvient-elle. « Les cuisiniers nous donnaient le minimum pour survivre. Lorsque j’ai eu 17 ans, nous sommes partis dans un autre camp près de la frontière de la Thaïlande. C’était très dangereux, il y avait des mines partout. J’ai menti sur mon âge et ai prétendu que j’étais veuve pour pouvoir être dans le même camp que ma famille. Les Khmers rouges tuaient les intellectuels et les commerçants, il fallait cacher son identité. Les parents travaillaient dans le village et nous, les jeunes, on allait loin pour construire des digues. Nous étions tous vêtus de noir. Rien pour l’hygiène, pour se brosser les dents nous utilisions des petites branches taillées avec du sel. Des hommes mourraient de faim, nous échangions nos bijoux contre des aliments. Nous faisions nos chaussures avec des pneus… »

Libération du Cambodge

Presque 2 millions de victimes sont mortes dans d’atroces conditions. Le 25 décembre 1978, le Vietnam envahit le Cambodge et provoque l’effondrement des Khmers rouges. Les autorités vietnamiennes installent un gouvernement proche des modèles laotien et vietnamien.

La famille de Lieng Sirk rentre à Phnom Penh. La maison est toujours là, mais elle est vide, les matelas éventrés… Au bout d’un mois, la famille rejoint deux tantes qui les hébergent, à Long Xuyen, au Vietnam. « Nous sommes restés 4 ans au Vietnam », raconte Lieng Sirk, « et nous avons monté un commerce. Puis l’ambassade n’a autorisé qu’une partie de la famille à rejoindre la France. Je suis donc partie avec mon père et ma sœur dans un foyer, en novembre 1983. Puis, nous avons rejoint de la famille à Paris, dans le 13ème. J’ai trouvé un emploi chez un traiteur chinois. »

Une belle rencontre

Chin Hong est arrivé à 15 ans en France grâce à son statut d’étudiant. Ses parents craignaient qu’il ne soit enrôlé dans l’armée. Il obtient sa carte de réfugié politique en 1976. Ses parents et son frère ont été tués par les Khmers. Il travaille dans le 13ème et vient déjeuner régulièrement chez le traiteur où travaille Lieng Sirk. La rencontre a lieu et le couple se marie en octobre 1987. Deux ans plus tard, la famille s’agrandit avec l’arrivée de Kevin. Le couple décide de rejoindre une sœur à Evry et, ensemble avec des cousins, ils achètent trois maisons mitoyennes rue Paul Claudel. En 1991, à la clinique de l’Essonne, Rémy voit le jour. Lieng Sirk tient un magasin de prêt à porter féminin à Champigny et son époux travaille chez le traiteur. Kevin prépare un DEUG à l’Université d’Evry et Rémy est au lycée du parc des Loges. Les 3 hommes de la famille s’entraînent assidûment au club de tennis de l’ASE et Chin Hong cumules les médailles ! Un jour, peut-être, la famille retournera au Cambodge pour que les enfants découvrent leurs racines…

 

RECETTE : Fruits de mer à la citronnelle (4 personnes)

  • 250g de crevettes
  • 250g de calamars
  • 250 gr de coquilles St Jacques
  • 1 branche de citronelle
  • 2 gousses d’ail
  • 1 oignon
  • 1 poivron
  • ½ cuiller à café de saté (mélange d’épices)
  • 1 cuiller à soupe d’huile
  • 1 pincée de sel
  • 1 cuiller à soupe de sauce d’huitre
  • 1 cuiller à café de sucre

Faire chauffer l’huile dans une poêle. Faire revenir l’oignon et le poivron puis les réserver. Rajouter un peu d’huile et faire dorer quelques minutes la citronnelle préalablement mixée avec le saté, les crevettes, les calmars et les coquilles St Jacques. Rajouter le sucre et le sel, accompagner de riz, c’est prêt à déguster !

 

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