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Portraits gourmands

Du Chili à Evry...

21.12.2011
Textes et Photo : Noëlle Yung

Voyage culinaire au coeur de l'Amérique Latine avec Lydia Roméra. Une Evryenne aussi passionnée que passionnante.

« On ne peut arrêter le progrès social ! » déclame Salvador Allende à la radio, depuis le Palais de la Monedad en état de siège. « Viva el Chili ! Viva el pueblo ! ». Nous sommes le 11 septembre 1973, le jour du coup d’Etat orchestré par le Général Augosto Pinochet. Un jour qui coûta la vie au Président chilien socialiste… « J’étais chez moi ce matin là, » se souvient Lydia Roméro. « J’écoutais la radio avant de me rendre au travail et j’ai entendu ce qu’il se passait. Nous n’avions pas le droit de sortir de chez nous. J’ai regardé par la fenêtre, la police était partout… » Lydia a 30 ans et elle travaille comme aide-comptable à l’hôpital psychiatrique de Santiago du Chili. Elle raconte: « La junte militaire a prononcé la dissolution du Congrès national, des conseils municipaux, des syndicats et des partis politiques. La liberté de la presse a été abolie et le couvre-feu instauré. La littérature de gauche a été interdite et les opposants au régime ont été arrêtés, torturés ou exécutés. La dictature militaire a dirigé le pays jusqu'en 1990. »

Une enfance bohème

Lydia est l’aînée de la famille qui compte aussi deux sœurs, Gloria et Patricia, et un demi-frère, Hector. Sa mère est au foyer et son père est imprimeur. Le couple a des idées très libérales et mène une vie de bohème, bien loin des clichés religieux. « Jusqu’à l’âge de 13 ou 14 ans, j’ai mené une vie extraordinaire » explique Lydia. « Mes parents ne se sont mariés que lorsque j’avais 2 ans à cause de l’école publique… Ils chantaient et dansaient tout le temps. Nous allions très souvent au restaurant. Mon père n’a pas élevé ses filles pour rester à la maison, bien au contraire ! Il estimait que nous étions les seules à pouvoir décider de notre avenir. Comme je débordais d’énergie, il m’a inscrite dans un club de basket, une discipline que j’ai exercée jusqu’à l’âge de 40 ans, au SCA2000 d’Evry. Je ne connais pas l’interdit, j’ai juste appris des règles qui m’ont beaucoup servie arrivée en France. »

Réfugiés politique

C’est lorsqu’elle travaille à l’hôpital psychiatrique de Santiago du Chili que Lydia rencontre Hernan, un comptable qui deviendra son époux en 1967. L’année d’après, un premier fils naît de cette union, il portera le même prénom que son père. Un papa qui endosse la présidence du syndicat socialiste, entre autres, et qui se trouve rapidement dans le collimateur des militaires. « Mes parents étaient de la « gauche sociale » comme on disait. » explique Lydia. « Par sécurité, nous avons dû fuir en France, avec un statut de réfugiés politiques. C’est ainsi que nous sommes arrivés à Paris en 1976, d’abord chez des amis, puis dans une chambre et enfin dans un appartement.  Nous avons rencontré une chilienne qui m’a trouvé un emploi à St Germain les Prés. Je faisais le ménage dans un restaurant et je préparais le repas des serveurs. Mon mari a fait différents stages de français. Le parti socialiste nous a trouvé un logement plus confortable à Créteil car nous n’avions rien, nous vivions comme des gitans. » De fil en aiguille, la famille s’installe à la Grande Borne à Grigny, puis à Evry en 1981, Square Jean-Paul Sartre.

Des hauts et des bas

La famille qui s’est agrandie en 1978, avec la naissance de Liliana, et en 1983, d’Adolpho est dorénavant Evryenne. Hernan trouve un emploi à la Snecma et Lydia travaille successivement pour le centre culturel Pablo Neruda de Corbeil, pour la CAF, la sécurité sociale puis pour le centre de planification maternel et infantile du Conseil général. Elle a aussi connu des périodes de chômage, mais elle n’a jamais baissé les bras jusqu’à sa retraite en 2003. « Au Chili, mes sœurs tiennent une boutique et elles travaillent de 10h à 24h, du lundi au dimanche. » explique t-elle. « Ici, nous avons reçu des aides et des formations qui nous ont permis de nous intégrer. Je suis fière de mes enfants : l’aîné travaille chez Air France, le cadet chez Ikéa. Quant à ma fille, elle est repartie au Chili en 2004, pour découvrir son pays. Elle a un BAC+5 et parle trois langues vivantes ! »

 

RECETTE : Poroto con pilco (6 personnes)

  • 500g de haricots secs ou 2 kg de haricots écossés
  • 500g de potiron
  • 3 boîtes de maïs (500g)
  • 3 oignons
  •  feuilles de basilic
  • 3 tomates ou 1 boîte
  • poivre
  • piment rouge
  • poivron rouge en poudre

Faire tremper les haricots secs 1 journée. Les cuire dans 1,5 litre d’eau avec le potiron, à feu doux et pendant 1 heure. Préparer la sauce : hacher dans un mixer les tomates, les oignons, le basilic et les épices. Rajouter ensuite le potiron lorsqu’il a cuit et refroidit. Verser la sauce sur les haricots à mi-cuisson et laisser cuire à feu doux. Rajouter le maïs durant le dernier quart d’heure de cuisson. C’est prêt !

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