Faites le mur !

Pendant une semaine, la Ville a vécu au rythme des sauts, des parcours d’équilibristes et des rebonds d’un groupe étonnant. Pour la deuxième année consécutive, l’ADD Academy, école des fameux Yamakasis, a organisé un workshop internationnal, en juillet dernier. Plus de vingt ans après leur grand succès au cinéma, l’engouement est toujours aussi vif à Évry et la nouvelle génération marche dans les pas de ces ninjas des temps modernes. Des dizaines d’adeptes venus du monde entier ont eu le privilège de perfectionner leur pratique avec des coachs de renom, dont les fondateurs des légendaires Yamakasis. L’occasion de revenir sur une discipline née dans le quartier du Bois Sauvage : l’Art du Déplacement.

 

One, two, three, jump !
L’anglais paraît forcé et parfois approximatif, mais le principal, c’est de se faire comprendre. Pour sa seconde édition, le Workshop international de l’ADD Academy a réuni 70 participants d’une dizaine de nationalités, en juillet dernier. Australiens, Allemands, Vietnamiens, Italiens, Hollandais, Québécois … les adeptes de l’Art du Déplacement n’auraient raté cela pour rien au monde. « C’est ici qu’est née la pratique de l’Art du Déplacement, Évry c’est une ville mythique pour nous. Je me suis blessée avant mon départ, je ne peux donc pas participer aux ateliers mais je voulais quand même être là pour m’imprégner de l’atmosphère », confie Frida, 25 ans, venue tout droit de Suède.
« Se déplacer n’est pas une finalité, c’est un moyen de franchir des étapes, et parfois des épreuves. Cette philosophie s’applique aussi dans la vie ».
Mehdi Hadim, coach ADD Academy, Évry.

Amateurs et experts
Et l’atmosphère est studieuse. Pendant une semaine les coachs de l’ADD Academy ont multiplié les ateliers, alternant travail de renforcement musculaire, d’équilibre et de gainage et exercices à thèmes ou en groupes. Pour encadrer les participants, des visages bien connus des initiés comme du grand public. Quelques fondateurs des mythiques Yamakasis travaillent en binôme avec des coachs de la nouvelle génération. Certains ont d’ailleurs fait le voyage depuis les quatre coins du monde où ils ont ouvert leur propre école d’Art du Déplacement.

« L’Art du Déplacement ne peut pas être transmis autrement que par l’exemple, d’où la nécessité de stages comme celui-ci », explique François Terrien, coach à l’ADD Academy d’Évry. Les stagiaires apprennent quel que soit leur niveau, les coachs s’occupent de débutants aussi bien que d’experts, parfois même de coachs, venus aμner leur technique et profiter des lieux mythiques de la ville. Pour les adeptes d’Art du Déplacement, les murets du square Jean-Paul II, sont un peu comme la tour Eiffel. Impossible de venir dans la région parisienne et de faire l’impasse sur ce lieu d’anthologie.

Dans l’ADN de la Ville
L’Art du Déplacement est une pratique qui fait pleinement partie de l’ADN de la ville. Les exploits des Yamakasis s’exposent jusque sur les murs et les escaliers de la gare d’Évry-Courcouronnes. « À Évry, il y a toujours eu un climat favorable. Dès nos débuts, on a essayé de ne pas trop déranger pour ne pas être dérangés. La ville n’est pas seulement un terrain de jeu pour nous, on a toujours respecté le mobilier urbain, sans ça on ne pourrait plus pratiquer ».
 » Le partage, c’est le ciment de l’art du déplacement. C’était le cas pour les Yamakasis et c’est toujours le cas aujourd’hui avec la nouvelle génération ».
Laurent Piemontesi, coach de l’ADD Academy en Italie et cofondateur du groupe Yamakasi.
Si bien que lors des concertations sur les nouveaux aménagements urbains, les grandes figures de l’ADD d’Évry sont invitées à participer à l’élaboration des projets de rénovation. François Terrien a pris part à plusieurs de ces réunions : « Nous sommes conscients que nos requêtes ne seront pas toutes retenues, mais on a tout de même la chance de pouvoir donner nos préférences sur le choix du mobilier urbain, expliquer qu’une rampe seraient la bienvenue ici ou là, par exemple… », révèle le jeune homme.
« On ne cherche pas à former une élite. On veut construire avec ceux qui ont envie et non ceux qui sont déjà bons ».
François Terrien, coach de l’ADD Academy, Évry.
De nombreuses années sont passées depuis les débuts de la pratique. Le regard des gens et de  la Ville a beaucoup évolué. Malgré la vingtaine d’années qui s’est écoulée depuis la création du groupe Yamakasi, l’esprit de sa discipline reste très ancré. « Nous ne pratiquons pas juste un sport. On cherche à faire le lien entre le dépassement de soi et les épreuves de la vie », livre François.

Une philosophie de vie

« Se déplacer n’est pas une finalité, c’est un moyen de franchir des étapes, et parfois des épreuves », surenchérit Mehdi Hadim, également coach à l’ADD Academy d’Évry. Bien que la philosophie reste la même, certaines pratiques changent. La compétition est l’un des points de divergence entre l’ancienne et la nouvelle génération. La Fédération française de gymnastique souhaiterait même intégrer l’ADD à ses disciplines pour en faire un sport olympique.

« Sans compétition, il est bien plus facile de démocratiser la pratique. On ne cherche pas à former une élite. On veut construire avec ceux qui ont envie et non ceux qui sont déjà bons », explique François. C’est là que la di€fférence se fait sentir. Mehdi Hadim, avec son frère Nabil, est l’une des grandes figures de la nouvelle génération. Il est en parfaite adéquation avec l’esprit d’entraide, de partage et l’aspect artistique de la pratique, seulement, lui, il aime la compétition : « C’est une autre façon pour moi de me dépasser.» Par ailleurs, Mehdi est un jeune homme de 22 ans qui vit avec son temps. Il a participé à l’émission Ninja Warrior sur TF1 et à de nombreux spots publicitaires.

Certains adeptes de l’ADD donnent des spectacles à Las Vegas avec le Cirque du Soleil, sont devenus cascadeurs pour le cinéma, participent à des émissions de télévision ou des compétitions comme Mehdi, et d’autres ont gardé la rue comme seul espace d’expression. Mais toutes ces pratiques restent soudées autour de l’esprit des Yamakasis, né à Évry il y a près de 20 ans. Pour Laurent Piemontesi, cela s’explique par la philosophie profonde de la pratique : « on commence ensemble, on finit ensemble. C’est notre mantra. Si on est parti du même point, peu importe le chemin des uns et des autres, on se retrouvera car on est guidés par les mêmes valeurs ».