Tout est bio !

Du producteur au consommateur, voilà le concept simple d’une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Elle fournit toutes les semaines à ses membres des légumes bio, cultivés localement. À Évry, des paniers sont livrés aux Aunettes. Reportage.

Reportage

 

Drôle de manège devant la Maison de quartier des Aunettes à Évry. Comme tous les jeudis soirs, un relai se met en place. Une camionnette sur le parking, on s’active dans la fraicheur de cette fin octobre pour décharger des dizaines de cagettes vertes. Pour les installer dans la grande salle orangée. Toutes sont disposées en long sur des tables, comme un étal du marché. Dedans, des légumes. « Ce soir, on a dix variétés », lance Béranger, livreur du jour représentant le producteur. Des choux romanesco, blanc ou cabus, de la mâche, des navets, des pommes de terre, des carottes, encore un peu couvertes de terre. Pas d’emballage, pas de carton. Bienvenue à l’AMAP des Aunettes, une association pour le maintien d’une agriculture paysanne. En clair, du circuit court : un agriculteur produit des fruits et légumes, les « amapiens », tels qu’ils se désignent, les achètent directement, sans intermédiaires.

 

AMAP des aunettes - association

Découvertes culinaires

Sur le tableau, s’inscrivent les quantités à distribuer à chacun des 44 adhérents. « On propose des petits paniers à 13,5 euros et des grands à 21 euros. On peut venir toutes les semaines ou une semaine sur deux », détaille François, le Président de l’AMAP, libraire dans la vie. Tout est en place. Les premiers membres arrivent. En rang d’oignon, ils remplissent leurs cabas : 1,5kg de pommes de terre, quatre navets, 180g de mâche… On échange trois mots, on se fait la bise, on parle de tout et de rien. Les amapiens eux-mêmes font la distribution, « quatre personnes chaque semaine », complète le patron de l’association, les mains pleines de terre. Symbelou vient pour la troisième fois. C’est une amie qui lui a fait découvrir ce système de consommation. « Je mangeais mal, j’ai eu une vraie prise de conscience. Je voulais arrêter de surconsommer », explique la jeune mère de famille. Car les légumes sont bio et de saison. « Cela change le rapport à la consommation », ajoute celui qui a fondé l’association à Évry, « cela permet des découvertes culinaires. Certains adhérents qui ont un budget limité s’y retrouvent très bien. »

 

 « Consommer est un geste citoyen »

Si pour certains, c’est un acte militant – Bob, habitant de Grand Bourg, ne veut plus être pris pour un cornichon et veut « court-circuiter un système de production » dont il n’est plus chure – pour d’autres, la motivation vient d’ailleurs constate François Coste. « Les enfants sont souvent un déclic. Moi, je peux manger n’importe comment, mais quand j’ai des enfants, je veux leur donner du bon ». C’est le cas de Nadège, maman courcouronnaise de trois enfants en bas âge : « je suis heureuse de leur faire découvrir des légumes que je n’osais pas trop acheter en grande surface », confie-t-elle avec le sourire. Le reste suit, les adhérents « comprennent que ce que l’on met dans notre assiette agit sur le climat. Consommer est un geste citoyen », ajoute notre libraire-maraicher.

 

AMAP des aunettes - association

Locavores !

Des légumes produits localement. Changement de décor. Rendons-nous à une heure d’Évry, à Mérobert, au hameau d’Aubray. La campagne. Ici, « la ferme aux volets bleus », devenus gris. Fabien Legendre nous accueille. Voilà quatre ans qu’il cultive une quarantaine de légumes différents sur cinq hectares dédiés au maraichage bio. Ici, pas de pesticides et des engrais naturels uniquement. Les poireaux sont encore dehors, des choux aussi mais « la plupart des légumes d’hiver sont rentrés et stockés ». Sous la serre, quelques tomates finissent de mûrir, grâce à la douceur automnale. La mâche quant à elle met du temps à sortir de terre. Ici, pas de recherche du calibrage parfait ou de légumes brillants. « On fait de beaux produits mais la présentation n’est pas une priorité ! », explique le trentenaire ancien paysagiste. Un véritablement engagement pour retrouver des valeurs plus simples. « Aujourd’hui tout est basé sur l’économie, ça ne sert à riende produire des tomates en Espagne, les faire empaqueter en Allemagne et les vendre en France. C’est incohérent. » Les derniers scandales alimentaires, les salades des industries, encouragent les consommateurs dans ce sens.

Terre à terre

Et ça fonctionne puisque cette large production exclusivement dédiée aux AMAP fournie quatre groupes dans le sud Essonne, soit 250 paniers par semaine. « Ça nous permet d’être proche du nos clients au contraire des agriculteurs classiques. On peut s’organiser, se dégager des marges et des revenus. J’ai pu embaucher deux personnes et demi », détaille Fabien. Un système bête comme chou, qui ne coûte pas un radis à la planète.

 

Infos

amap-aunettes.blogspot.com